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Lettre ouverte au Consul général d’Algérie

lundi 16 avril 2018, par droits devant

Monsieur H.H., travailleur sans papiers dans le BTP depuis deux ans et demi, dénoncé et arrêté à son travail le 22 janvier 2018, a été expulsé du territoire français le 20 février 2018.

H. est un militant de notre association depuis son arrivée en France en 2015. Intègre, désintéressé, toujours disponible, il a participé sans relâche au long combat pour l’égalité des droits mené par Droits devant depuis sa création en 1995.

H., comme tous les travailleurs sans papiers interpellés par la police, a été placé en camp de rétention et présenté au Juge des Libertés et de la Détention (JLD) qui, par deux fois (première instance et appel) a maintenu son incarcération malgré trois irrégularités flagrantes commises par la police lors de son arrestation.

Le Tribunal Administratif (TA) a, quant à lui, refusé d’annuler son Obligation de quitter le Territoire Français (OQTF), lui interdisant de ce fait toute possibilité de régularisation.

L’exemple de H. est symptomatique de l’attitude de la justice française à l’encontre des travailleurs sans papiers. Lors des trois jugements de H. au JLD et au TA, 43 autres sans-papiers ont comparu. Les deux juridictions ont signifié les refus de libération et de régularisation pour la totalité, soit 44 refus sur 44 comparutions !

Il est donc clairement établi que les sans-papiers subissent aujourd’hui les décisions d’une justice d’exception, d’abattage et ce, malgré les multiples irrégularités soulevées par les avocats des sans-papiers, notamment Me B., défenseur de H., spécialisé depuis 25 ans dans le droit des étrangers. À la suite de ces décisions judiciaires et administratives iniques, Me B. s’est pourvu en cassation mais ce pourvoi n’étant pas suspensif, H. a été expulsé avant même que la cour de cassation, qui infirmera de façon presque certaine la décision du JLD, se soit prononcée. La question essentielle est la suivante : la cassation annulant la décision du JLD, qui fera revenir H. en France, car tel sera son droit ?

Certainement pas le consul général d’Algérie en France qui n’a pas hésité, malgré de multiples interventions (associations, conseillers de Paris, directrice du centre d’hébergement où logeait H., Mgr Gaillot) à délivrer aux autorités françaises le laissez- passer permettant l’expulsion du territoire de H.

Lors d’une rencontre avec le consul, nous lui avons demandé de ne pas délivrer ce laissez- passer, source de violence et d’humiliation pour un sans-papiers vivant et travaillant depuis des années en France. Le consul répondit que « l’Algérie ne pouvait faire ingérence dans la justice française », que celle-ci s’inscrive ou non dans un processus post-colonial. Nous lui avons rétorqué que, pendant 132 ans de colonisation, la France a fait ingérence dans la souveraineté du peuple algérien.

Monsieur le consul général, on ne demandait pas leurs papiers aux centaines de milliers de colons qui ont pillé sans vergogne la terre d’Algérie

Le consul a fait état des accords bilatéraux de réadmission franco-algériens "l’invitant" à délivrer un maximum de laissez-passer aux autorités françaises. Le consul exécute ces accords avec zèle et allégeance, sans aucun état d’âme face à la détresse de ses concitoyens.

L’Algérie est aujourd’hui le meilleur élève. Elle satisfait pleinement l’ex-colonisateur, transformant la fierté nationale affirmée haut et fort par le gouvernement algérien en honte nationale. Le consulat d’Algérie est en outre le seul consulat au monde à refuser de renouveler le passeport de ses ressortissants tant qu’ils n’ont pas un titre de séjour, ce qui confirme sa soumission aux autorités françaises.

Les chahids d’hier, morts par centaines de milliers sous les balles de l’armée française, morts pour la souveraineté du peuple algérien et sa libération du joug colonial, pleureraient de honte et de mépris en voyant le pouvoir politique algérien obéir sans sourciller aux ordres de l’ancien maître. L’oppresseur d’hier peut ainsi en toute quiétude renvoyer comme des sacs de linge sale, à la case départ, des milliers de sans-papiers algériens, dont un grand nombre sont les petits-fils de tous ces martyrs qui crièrent, avant de s’abattre sur une terre qui était la leur : "Vive l’Algérie".

Monsieur le consul général, on ne demandait pas leurs papiers aux centaines de milliers de colons qui ont pillé sans vergogne la terre d’Algérie. Mesurez-vous le cynisme et l’indécence dont vous faites preuve en vous mettant à genoux face au diktat de ceux qui portent aujourd’hui en France les germes d’un nouvel ordre colonial ?

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